n. f. XIIe siècle. Emprunté du latin species, « vue, regard », d'où « apparence, aspect ». I. Apparence. 1. PHIL. SCOLAST. Image, représentation, substitut mental d'un objet. Espèce sensible, espèce intelligible. 2. THÉOL. CATHOL. Les saintes espèces, les espèces du pain et du vin, les apparences du pain et du vin après la transsubstantiation, le pain et le vin étant devenus le corps et le sang du Christ. Communier sous les deux espèces. II. Ensemble de ce qui présente les mêmes caractères essentiels. 1. SC. NAT. Unité de classification groupant les êtres vivants qui ont les mêmes caractères morphologiques, histologiques, cytologiques, sont féconds entre eux et présentent des comportements communs. L'espèce est une subdivision du genre. Espèces animales et végétales. Espèces de poissons, de plantes. La protection des espèces en voie de disparition. Espèces menacées. Espèces fossiles. L'évolution des espèces. Spécialt. L'espèce humaine ou, ellipt., l'espèce, l'ensemble des hommes, l'humanité. La découverte de la vaccination a été un bienfait pour l'espèce humaine. Titre célèbre : De l'origine des espèces, de Darwin (1859). 2. Sorte, qualité. Quelle espèce de tissu cherchez-vous ? Grandeurs de même espèce, qui sont de nature comparable, comme les heures et les minutes. Une collection d'armes de toutes les espèces, de toute espèce. On rencontrait chez lui des gens de toute espèce, de tout état, de toute condition. Cette statue est la seule de son espèce qui se soit conservée intacte. C'est un bandit de la pire espèce ! Un menteur de la plus belle espèce. Aucune espèce de, absolument aucun, absolument aucune. Je ne lui ai fait aucune espèce de reproche. Cela n'a aucune espèce d'importance. Spécialt. Vieilli. Une sotte espèce, une pauvre espèce ou, simplement, une espèce, une personne dont on fait peu de cas. Loc. Une espèce de valet de chambre, une espèce d'intendant, etc., un homme qui, sans être proprement un valet, un intendant, etc., en fait les fonctions. Une espèce d'avocat, d'auteur, etc., se dit, par dénigrement, d'un mauvais avocat, d'un mauvais auteur, etc. Fam. Espèce d'imbécile ! <!--Oui-->Le mot Espèce est féminin, quel que soit le genre de son complément. 3. DROIT. Cas soumis au juge et sur lequel il est appelé à se prononcer. Cette loi n'est pas applicable à l'espèce. Cet argument ne vaut rien en l'espèce. Une espèce ordinaire. Une décision d'espèce, que seules des circonstances particulières justifient et qui, en conséquence, ne fera pas jurisprudence. Cas d'espèce, qui nécessite une interprétation de la loi et, par ext., cas particulier qui n'entre pas dans la règle générale et qui doit être traité spécialement. Par ext. En l'espèce, dans l'espèce, en la circonstance, en l'occurrence. Il a trouvé quelqu'un à qui se confier, en l'espèce un vieil ami de la famille. 4. ÉCON. N'a longtemps désigné que la monnaie métallique. Des espèces d'or et d'argent. Espèces sonnantes et trébuchantes, monnaie métallique ayant le poids légal. Payer en espèces sonnantes et trébuchantes. Auj. Toujours au pluriel. Argent liquide, sous forme de pièces ou de billets. Payer en espèces. Réglez-vous en espèces, par chèque ou par carte bancaire ? Des dons en nature et en espèces. Espérancen. f. XIe siècle. Dérivé d'espérer. 1. Sentiment qui porte à attendre avec confiance un bien que l'on désire. Vivre d'espérance. Il est difficile de vivre sans espérance. Je mets en lui toute mon espérance. Perdre toute espérance. Renaître à l'espérance. Retrouver l'espérance. 2. RELIG. Chez le croyant, attente ardente de l'accomplissement des promesses divines. Dans le judaïsme, l'espérance du Messie. Dans le christianisme, l'espérance est une des trois vertus théologales. Dans l'islam, l'espérance de la rétribution des justes. 3. Sentiment d'attente confiante appliqué à un objet particulier. Voilà qui passe, dépasse notre espérance, nos espérances. Au-delà de toute espérance. Vaine espérance. Aimer sans espérance, sans espoir d'être aimé en retour. Il a déçu, trompé mon espérance. Fonder de grandes espérances sur les progrès de la science. Espérance bien, mal fondée. Loc. Contre toute espérance, contre toute attente, alors qu'il semblait impossible de l'espérer. Expr. Avoir des espérances, être enceinte. Spécialt. Au pluriel. Confiance que l'on place ou que l'on a placée dans la réussite de quelqu'un. Ce jeune homme donne à sa famille de grandes espérances. Titre célèbre : Les Grandes Espérances, roman de Charles Dickens (1860). 4. Par méton. Personne ou chose sur laquelle on fonde son espérance. Vous êtes toute mon espérance. Au pluriel. Biens que l'on attend d'un héritage. Elle a une dot modeste, mais de solides espérances. 5. DÉMOGR. Espérance de vie, estimation de la durée moyenne de la vie d'un être humain. L'abus d'alcool et de tabac diminue l'espérance de vie. 6. MATH. Espérance mathématique d'une variable aléatoire, moyenne des valeurs possibles prises par la variable, pondérées par leurs probabilités. Espéranton. m. XXe siècle. De esperanto, « celui qui espère », dans la langue créée par Lazare Zamenhof.Langue artificielle conçue à la fin du XIXe siècle, à partir des langues romanes et germaniques, et dont le créateur, Lazare Zamenhof, espérait qu'elle servirait la compréhension et la paix entre les peuples en devenant langue de communication internationale. Espèren. f. XVIIIe siècle. Emprunté de l'ancien provençal espera, « attente », de même origine qu'espérer.Rare. Attente du gibier. Chasse à l'espère, à l'affût. Espérerv. tr. et intr. (se conjugue comme Céder). XIe siècle. Issu du latin sperare, « considérer comme devant se réaliser ». I. V. tr. 1. Attendre avec confiance un bien que l'on désire. Nous pouvons tout espérer de la miséricorde divine. Espérer une récompense. Nous n'avons plus rien à espérer. Nous n'en espérions pas tant. Ce temps laisse espérer une belle vendange. Peut-on espérer vous revoir ou, litt., de vous revoir ? J'espère le voir aujourd'hui même. J'espère qu'il viendra bientôt. N'espérez pas qu'il soit reçu à ce concours. Spécialt. Espérer quelqu'un, compter sur sa venue. On ne vous espérait plus ! on n'avait plus l'espoir de vous voir. 2. Aimer à croire, à penser ; souhaiter. J'espère que vous allez bien. J'espère que personne ne vous a vu venir. J'espère avoir été clair. Espérons que cela ne durera pas. Par antinomie. Fam. Exclamation louangeuse teintée d'étonnement ou d'ironie. « Vous voilà propriétaire ? - Eh bien, j'espère ! » II. V. intr. Avoir confiance. Suivi d'un complément introduit par en. Espérer en Dieu. J'espère en votre justice. Espérer en des temps meilleurs. Absolt. Avoir, garder de l'espoir. Il n'y a plus de raison d'espérer. Il n'est pas défendu d'espérer. Esperluetten. f. XIXe siècle. Probablement dérivé du latin sphaerula, « petite sphère ».TYPOGR. Signe graphique (&) représentant la conjonction et. Espiègleadj. XVIIe siècle. Du nom de Till Eulenspiegel, personnage légendaire d'origine allemande, célèbre pour ses facéties.Qui est vif et malicieux mais sans méchanceté. Un enfant, une fillette espiègle. Par méton. Un regard, un sourire espiègle. Un air espiègle. Subst. Quel espiègle vous a joué ce tour ? Espièglerien. f. XVIIe siècle. Dérivé d'espiègle. 1. Le fait d'être espiègle. Un enfant plein d'espièglerie. 2. Petite malice, tour d'espiègle. Il faisait tous les jours de nouvelles espiègleries. Espingolen. f. XIVe siècle. Altération de espringale (XIIIe siècle), qui désigne une machine de guerre puis une pièce d'artillerie de petit calibre, issu du francique *springan, « sauter ».Gros fusil court, à canon évasé, en usage aux XVIe et XVIIe siècles en Espagne et en Italie. Espion, -ONNE n. XIVe siècle. Dérivé de l'ancien français espier, « trahir, observer, guetter ». 1. Personne chargée par un pays de recueillir clandestinement, dans un autre pays, des informations gardées secrètes. Démasquer un espion. Cette ville était alors un nid d'espions. Par anal. En apposition. Navire, avion, satellite espion. Par ext. Personne qui observe secrètement les activités d'autrui pour les rapporter à un tiers. Cet homme lui servait d'espion auprès de son rival. Entretenir des espions. Espion de police (vieilli). 2. Miroir permettant d'observer sans être vu. |