n. f. XIe siècle. Issu du latin fossa, « excavation, trou, fossé », et, en latin chrétien, « tombeau », participe passé de fodere, « creuser ». 1. Cavité large et profonde creusée dans la terre. L'animal est tombé dans une fosse. Creuser, ouvrir une fosse pour planter un arbre. Spécialt. Excavation destinée à l'inhumation des morts. Descendre le cercueil dans la fosse. Asperger la fosse d'eau bénite. Fosse commune, longue tranchée creusée dans un cimetière, où l'on enterre ceux qui ne disposent pas de sépulture particulière. Expr. fig. Être sur le bord de la fosse, n'avoir que peu de temps à vivre. Creuser la fosse de quelqu'un, préparer ou hâter sa perte. Il creuse sa fosse, sa propre fosse par ses excès. 2. Cavité, tranchée qu'on aménage pour un usage particulier. Fosse à fumier. Fosse d'aisances, qui reçoit les matières des latrines. Fosse septique, où les matières organiques sont décomposées par des bactéries anaérobies. Les fosses d'une tannerie. Fosse de graissage, de visite, de nettoyage, tranchée au-dessus de laquelle on place un véhicule, pour procéder à des opérations d'entretien. Spécialt. MINES. Dans les mines à ciel ouvert, excavation, puits d'extraction. Par méton. Dans les houillères du Nord de la France, unité d'exploitation comprenant les deux puits, le carreau et les installations annexes (on dit aussi Siège). 3. Par ext. Emplacement aménagé dans les parties basses d'un bâtiment. Une fosse servait de prison. Basse-fosse, Cul-de-basse-fosse, voir ces mots. La fosse d'orchestre d'une salle de spectacle, où prennent place les musiciens, en avant de la scène et en contrebas de la salle. Fosse aux ours, fosse aux lions, où ces animaux sont tenus en captivité. Daniel fut jeté dans la fosse aux lions. Expr. fig. Descendre dans la fosse aux lions, affronter des adversaires redoutables. Par anal. MARINE. Anciennt. Fosse aux liens ou fosse aux lions, soute située à l'avant du bâtiment, où l'on entreposait les câbles, les aussières, et qui servait de cachot. 4. Cavité naturelle. ANAT. Fosses nasales. Fosse iliaque. - GÉOL. Fosse abyssale, longue dépression des fonds océaniques, où la profondeur dépasse généralement six mille mètres. - MARINE. Fosse sous-marine, dépression proche du rivage et propice au mouillage des navires. Fossén. m. XIIe siècle. Emprunté du bas latin fossatum, de même sens. 1. Excavation creusée en longueur pour enclore un terrain ou assurer l'écoulement des eaux. Un pays coupé de fossés. Un fossé de drainage, d'irrigation. Curer, combler un fossé. Spécialt. Tranchée constituant un obstacle sur un parcours hippique. Mon cheval a dérobé devant le fossé. (Cet emploi intransitif de Dérober - a dérobé pour s'est dérobé - est exceptionnel et réservé au langage habituel de l'équitation.) Expr. fig. Sauter le fossé, prendre une décision après avoir longtemps hésité. Prov. Ce qui tombe dans le fossé est pour le soldat, ce qu'on laisse tomber est pour celui qui le ramasse. 2. Tranchée large et profonde courant le long des remparts d'une place forte pour en compléter la défense. Les fossés d'une ville, d'une forteresse. Franchir le fossé d'un château. Auj. Fossé antichar, creusé pour arrêter les blindés. 3. Fig. Désaccord, divergence de vues, dissentiment. Il y a un fossé entre nous. Le fossé s'élargit, se creuse de jour en jour entre ces deux partis. Le fossé des générations. 4. Spécialt. GÉOL. GÉOMORPHOLOGIE. Fossé d'effondrement ou fossé tectonique, dépression longue et étroite, aux parois raides, limitée par des failles. Les plaines de la Limagne, la plaine d'Alsace sont des fossés tectoniques.
Fossetten. f. XIIe siècle. Diminutif de fosse. 1. Vieilli. Petit trou creusé dans la terre. Spécialt. Petit creux que les enfants font en terre pour y lancer des billes. Jouer à la fossette. 2. Petit creux que certaines personnes ont au menton ou qui se forme au milieu des joues quand elles sourient.
Fossileadj. et n. m. XVIe siècle. Emprunté du latin fossilis, « tiré de la terre ». I. Adj. 1. Que l'on extrait de la terre. Le sel fossile, le sel gemme. Combustibles fossiles, produits par la transformation de matières organiques enfouies dans la terre. La houille, le pétrole sont des combustibles fossiles. 2. GÉOL. PALÉONT. Qui s'est conservé, plus ou moins altéré, dans les couches sédimentaires du globe terrestre. Homme fossile. Animal fossile. L'ammonite est un coquillage fossile très répandu dans les terrains de l'ère secondaire. Plante fossile. Ivoire fossile. Bois fossile pétrifié. Fig. Qui a conservé les caractères d'une époque révolue. Une idéologie fossile. (On dit aussi Fossilisé.) II. N. m. GÉOL. PALÉONT. Vestige, empreinte ou trace d'un organisme animal ou végétal, qu'on retrouve dans les couches sédimentaires. La paléontologie se fonde sur l'étude des fossiles. - BIOL. Fossile vivant, animal représentant un groupe autrefois important mais presque totalement éteint. Le cœlacanthe est un fossile vivant. Fig. Ce parti n'est plus qu'un fossile. Cet homme est un vrai fossile.
Fossilifèreadj. XIXe siècle. Composé de fossili-, tiré de fossile, et de -fère, du latin ferre, « porter ».GÉOL. Qui contient des fossiles. Un terrain, un gisement fossilifère. Des couches fossilifères. Les calcaires fossilifères du Bassin parisien.
Fossilisationn. f. XIXe siècle. Dérivé de fossiliser.GÉOL. Passage d'un corps organisé à l'état de fossile. Fossilisation par calcification.
Fossiliserv. tr. XIXe siècle. Dérivé de fossile.GÉOL. Transformer en fossile. La minéralisation fossilise les organismes en comblant par des matières minérales les vides qu'occupaient des matières organiques. Le plus souvent à la forme pronominale ou au passif. La teneur en fluor des organismes qui se fossilisent augmente avec le temps. Au participe passé, adjt. Du bois fossilisé.
Fossoirn. m. XIe siècle. Issu du bas latin fossorium, « bêche, pioche ». 1. Houe employée pour les soins de la vigne. 2. Charrue vigneronne.
Fossoyeur, -EUSE n. (rare au féminin). XIVe siècle, fossoieur. Dérivé de l'ancien verbe fossoyer, lui-même dérivé de fosse.Personne qui creuse les fosses dans les cimetières et enterre les morts. Fig. Personne qui contribue activement à une destruction, qui cause la ruine. Il fut un des fossoyeurs de la monarchie. Litt. La fossoyeuse, la mort.
Fou(ou FOL, devant un nom au singulier commençant par une voyelle ou un h muet), FOLLE adj. et n. XIe siècle, fol. Issu du latin follis, « soufflet pour le feu ; outre gonflée, ballon », puis « sot, idiot ». I. Adj. 1. Qui a perdu la raison ; qui présente des troubles, des désordres mentaux, qui est atteint de démence. Il est fou, fou furieux. Devenir fou. Être comme fou. Par exag. C'est à devenir fou. Il y a de quoi devenir fou. Il faudrait être fou pour s'imaginer cela. Expr. Être fou à enfermer, fou à lier. Par méton. Qui indique ou semble indiquer l'aliénation mentale. Un geste fou, un regard fou. Un rire fou. Par anal. Un chien fou, un chien qui s'agite sans cesse, qui court dans toutes les directions. Expr. Être fait comme un chien fou (vieilli), être bizarrement accoutré, avoir des vêtements en désordre. Être coiffé comme un chien fou, avoir les cheveux ébouriffés. 2. Par exag. Qui est hors de soi, notamment sous l'effet d'un sentiment violent. Cette nouvelle le rendit fou. En apposition, avec valeur intensive. Être amoureux fou, fou amoureux. Surtout dans la locution Être fou de, éprouver à son paroxysme tel ou tel sentiment. Être fou d'amour, de joie, de rage, de colère, de terreur. Par méton. Une colère folle, une folle terreur. 3. Qui fait ou dit des extravagances, qui est déraisonnable en paroles ou en actes. Il est fou de s'engager dans de telles dépenses. Il n'est pas assez fou pour prendre de tels risques. Ellipt. et fam. En parlant d'une personne qui fait montre de prudence, dont la conduite est avisée. Pas fou ! Pas si fou ! Prov. Souvent femme varie, bien fol est qui s'y fie. Spécialt. Par référence à l'Évangile. Les vierges folles, imprévoyantes, par opposition aux vierges sages, souvent représentées aux portails des cathédrales. Par ext. Une vierge folle, une femme légère. Vieilli. Folle femme, folle fille (de l'expression médiévale Fille folieuse), courtisane. Par méton. Une tête folle, une personne dont le comportement est imprévisible ou changeant. Se mettre en tête des idées folles, des idées extravagantes. Un fol espoir, de folles espérances. Un projet, un pari fou, une folle entreprise. Folle enchère, fol enchérisseur, voir ces mots. Une tentative folle, une folle équipée. Une audace folle, un fol entêtement. Une folle prodigalité. Un fol amour, une folle passion. 4. Qui éprouve une vive passion pour une personne, un engouement irrésistible pour une chose. Il est fou de sa femme. Elle est folle de ses enfants. Il est fou de musique, d'opéra. Spécialt. Vieilli. Une femme, une fille folle de son corps, qui se livre sans retenue à la débauche. 5. Qui est extrêmement gai, badin, enjoué ; qui est d'une exubérance ou d'une vivacité excessive. Que vous êtes fou ! Il est tout fou, fou comme un jeune chien, fou comme un braque. Par méton. Avoir le cœur fou. Avoir l'humeur folle, être d'une gaieté un peu extravagante. Une gaieté folle. De folles plaisanteries. Une folle partie. Au temps de notre folle jeunesse, de nos folles années. HIST. Les Années folles, celles qui suivirent immédiatement la Première Guerre mondiale. 6. Que l'on ne peut ni contenir ni contrôler ; qui semble n'obéir à aucune loi, imprévisible. Fou rire, rire qu'on ne peut maîtriser. Être pris de fou rire. Un rythme fou. S'élancer dans une course folle. Une folle chevauchée. Une journée folle, où les évènements, les tâches se précipitent et s'accumulent. Des cheveux fous. Des mèches folles, qui voltigent librement sur le visage, sur le cou. Des herbes folles, qui croissent en tous sens. Folle avoine, voir Avoine. Folle farine, la partie la plus fine de la farine, qui voltige au moindre souffle. Folle brise (vieilli), brise folle, dont la direction change sans cesse. Poulie folle, roue folle, qui tourne à vide autour de son axe, dont elle n'est pas solidaire. Balance folle, dont le fléau ne revient pas de lui-même à sa position d'équilibre. Boussole folle, compas fou, dont l'aiguille oscille, tourne sans se fixer. Fam. Patte folle, jambe, patte qui n'obéit plus, dont les mouvements ne sont plus coordonnés. Advt. Cette roue tourne fou. Titre célèbre : Le Mariage de Figaro ou La Folle Journée, de Beaumarchais (1784). 7. Exceptionnel, prodigieux, excessif, en nombre, en importance, en intensité. Il y avait à cette réception un monde fou. Cette pièce a eu un succès fou. Il a un talent fou. Elle a un chic fou. Cela prend un temps fou. Avoir un travail fou. Il a dépensé des sommes folles. C'est fou comme il a changé. II. N. 1. Personne atteinte d'aliénation mentale. Un fou furieux, délirant. Une folle dangereuse, inoffensive. C'est l'acte d'un fou. Des propos, des gestes de fou. Un asile de fous (vieilli). Une maison de fous, anciennt., un asile d'aliénés ; auj., fig., se dit d'un lieu où règne l'extravagance. Histoire de fous, anecdote comique dont les personnages sont des aliénés et, par ext., aventure absurde ou incroyable. HIST. Charles le Fou, Charles VI, roi de France. Jeanne la Folle, reine de Castille. 2. Personne qui manque ou paraît manquer de sens commun, de prudence, de modération. Un jeune fou, un vieux fou. Fam. Un fou du volant, un fou de la route, un conducteur très imprudent. Expr. fig. et litt. La folle du logis, l'imagination. Spécialt. Personne qui ne se conduit pas selon les lumières de la raison, qui ne peut atteindre à la sagesse. Dans le langage de la piété. Personne dont l'apparente folie au regard des hommes est la vraie sagesse au regard de Dieu. Un fou en Dieu. Les fous de Dieu. HIST. Fête des fous, fête bouffonne du Moyen Âge, qui parodiait les offices religieux et se tenait dans certaines églises. Pape des fous, prince des fous, élus par dérision lors d'une telle fête. Prov. Les fous inventent les modes, les sages les suivent. À chaque fou sa marotte, à chacun sa manie. Tête de fou ne blanchit jamais, les fous, exempts d'inquiétudes, sont préservés des atteintes de l'âge. Titres célèbres : Le Journal d'un fou, de Nicolas Gogol (1834) ; La Folle de Chaillot, pièce de Jean Giraudoux (1945). 3. Personne extrêmement gaie, badine, enjouée, ou dont l'exubérance, la vivacité est excessive. Un jeune fou. Il se conduit comme un petit fou ! Argot. Folle, inverti aux allures tapageuses. Prov. Plus on est de fous, plus on rit. 4. HIST. Bouffon à gages qu'attachaient à leur personne les rois, les princes et quelques grands seigneurs. Le fou du roi. Un fou de cour. Triboulet fut le fou de Louis XII, puis de François Ier. Le bonnet à clochettes, la marotte du fou. Par anal. JEU D'ÉCHECS. Pièce qui se trouve en début de jeu auprès du roi ou de la reine, et qui se meut en diagonale. Le fou du roi, le fou de la reine. 5. Loc. Faire le fou, les fous, se comporter de façon extravagante ou bouffonne. Les enfants font les petits fous. Comme un fou, comme des fous, avec démesure ; de façon déraisonnable. Il lui a fallu travailler comme un fou. Se démener comme un fou. Il l'aime comme un fou. Courir comme un fou. Ils se sont amusés comme des fous. Au fou ! anciennt., cri que l'on poussait pour avertir du danger que pouvait représenter un dément ; auj., exclamation marquant ce qu'a de déraisonnable ou d'excessif une conduite, une idée, un projet.
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